Laïcité, garante de Liberté, Egalité et Fraternité

Notes prises lors du Colloque de l’Observatoire de la Laïcité, organisé avec l’Education Nationale le mercredi 9 décembre 2015, retranscrites en respectant les dires des intervenant(e)s.

Mon inscription en tant que réserviste de la Réserve Citoyenne de l’Education Nationale m’a permis d’y participer… Conseil d’amie : inscrivez-vous pour devenir citoyen(ne) acteur(-trice) plutôt que râleur(-se)… Lorsqu’on agit, nos critiques deviennent constructives :-)

DEFINITION * CE QU’EST LA LAÏCITE

Enseignement inscrit dans la pédagogie des valeurs républicaines.

Singularités de la laïcité, par rapport aux autres valeurs républicaines :

A – La laïcité fait partie du contrat social depuis la loi de séparation des églises et de l’Etat du 9 décembre 1905 :

découplage de la citoyenneté et de l’appartenance confessionnelle (religion) + liberté de conscience.

B – L´un des piliers de l’Education Nationale, comme la gratuité, inscrit dans l’enseignement élémentaire depuis 1882 ;

C – La laïcité fait aussi partie du contrat implicite entre professeurs et élèves (art 7, « transmission une culture commune, de valeurs partagées »)

Définition de la laïcité selon une métaphore  photographique ; la laïcité est une affaire de :

  • cadrage : neutralité de l’état + faire respecter la loi ;
  • et de profondeur de champ : horizon, ré-investir le futur, progrès social et humain car il s’agit de former des petit(e)s républicain(e)s, des petit(e)s démocrates

Laïcité de coexistence, qui implique un compromis. Ce n’est pas une doctrine, ni un dogme.

La laïcité est d’abord et avant tout une liberté publique protégée et limitée par une loi politique. C’est un choix moral, philosophique, politique, clair et radical : la loi des hommes régit la cité.

Liberté fondamentale de conscience et de culte. Principe universel et ensemble de règles juridiques.

3 piliers :

A – c’est une liberté conquise après de rudes batailles : liberté de croire (à ce que l’on veut) ou ne pas croire

B – indépendance de l’Etat par rapport à toutes religions, neutralité absolue des services publics : garantie de l’égalité de traitement de tous les citoyen(ne)s

C – fraternité : tous citoyens égaux en droits et en devoirs

TRANSMISSION * COMMENT EDUQUER A LA LAÏCITE

Priorité : gigantesque effort d’information et formation dans toutes les sphères sociales ! A lire, l’excellent dossier de la BNF, « La laïcité en questions« 

Charte de la laïcité à l’école – Education Nationale

Dans l’école, la laïcité implique la neutralité des professeurs, éducateurs qui doivent transmettre cette conviction républicaine de l’importance de la laïcité de manière impartiale et objective. A lire, le dossier du réseau Canopé sur l’éducation à la laïcité.

Pour chaque enseignant, l’objectif est de se mettre en capacité d’enseigner

Actions :

  • faire respecter la nécessité de se soumettre aux valeurs et aux lois républicaines au sein des écoles
  • faire comprendre aux élèves que « quand ils vivent en France, ils ne vivent pas ailleurs. » Transmettre l’histoire de France et son identité complexe, plurielle
  • mettre en place des ateliers de réflexion et discussion philosophique
  • transmettre l’amour de la liberté

Responsabilité des enseignants. Postures pédagogiques requises :

A – Écouter les objections des élèves, voire les susciter / libérer la parole, et les travailler (discussion à portée philosophique).

B – Fermeté et bienveillance + intelligence situationnelle des enseignants (chaque situation est spécifique)

C – Diplomatie : sauvegarder le pluralisme et la liberté des opinions (liberté de conscience)

D – Militantisme, joie de transmettre une manière spécifiquement française de vivre ensemble : le choix de la laïcité est un élément essentiel de l’histoire et des racines françaises ; le pluralisme culturel de la France n’est plus à prouver !

 

ETAT DES LIEUX CRITIQUE * OÙ EN SOMMES-NOUS AUJOURD’HUI ?

La charte de la laïcité à l’école date de décembre 2013 : quelles modalités d’application ? A-t-elle été moteur de pratiques pédagogiques ?

Nouvelle loi promulguée le 15 mars 2004, mais sa mise en application n’a pas été suffisamment accompagnée. Or loi doit rimer avec dialogue, explication, application.

Là, dans les écoles, on est plutôt face à une laïcité d’abstention (neutralité) ; pas de valorisation de la laïcité comme une méthode (exercice d’une pensée libre, d’un jugement critique) et une éthique (effort personnel et intérieur pour mise à distance des préjugés, en ayant toujours à l’esprit comme horizon l’intérêt général de l’école et de la société, indépendamment de nos convictions et croyances personnelles).

Nouveau système d’actions en vigueur depuis septembre 2015

A – contexte : cohérence de l’impulsion républicaine depuis les attentats de janvier 2015 et forte attente des familles en la matière. La laïcité est une problématique sociale globale en France ; il faut se ré-armer. Le rôle des enseignants est majeur ; leur engagement est essentiel

B – objectif : insister sur le sens positif des valeurs, laïcité pour mieux vivre ensemble ; faire vivre la laïcité comme espace d’échanges, respect de l’altérité plutôt qu’interdire les signes religieux ostentatoires. Transmettre l’amour de la liberté !

QUELLES RESISTANCES, FREINS A LA TRANSMISSION DE LA LAICITE ?

1 – Les questions relatives à la laïcité peuvent être jugées trop sensibles par les enseignants, qui souhaitent préserver dans leurs classes une certaine sérénité nécessaire aux études. Or il est de la responsabilité des enseignants de prendre en compte l’altérité des valeurs et transmettre une culture républicaine commune à leurs élèves : « enseignement moral et civique » (EMC) en vigueur depuis la rentrée scolaire 2015. Ceci fait partie de l’éthique professionnelle des membres de l’Education Nationale.

L’enseignement moral et civique est intégré aux parcours citoyens mis en place dans les écoles. Peut-être trop dilué ?

2 – Difficile de « placer le curseur entre neutralité des agents publics (= professeurs) et liberté laissée aux usagers (= élèves) » pour aller vers l’autonomie des esprits à construire leur analyse raisonnée (développement d’un jugement critique).

3 – Lourdeur de la chaîne hiérarchique qui aboutit à « quand on n’est pas sûr de pouvoir autoriser, on interdit »

4 – A l’heure actuelle, l’éducation à la République est facultative dans les cursus de formation des enseignants, parcours de concours. Quelle culture professionnelle commune ? Suggestion : rendre obligatoire l’éducation républicaine dans les parcours de formation des enseignants, pour une universalité de l’enseignement à la République, création d’une culture professionnelle commune. Actuellement, des stages complémentaires sont proposés aux enseignants dans le cadre de la formation professionnelle continue. A noter, une belle initiative dans le Tarn : dispositif de formation incluant des dialogues interpersonnels avec tous les acteurs de l’école, tous les adultes travaillant en environnement scolaire.

5 – Quid de la culture religieuse des enseignants, i-e connaître les religions pour en discuter, animer une réflexion collective dans les classes ?

==> mieux connaître les religions pour valoriser une laïcité plus sûre d’elle-même : souhait de populariser les sciences religieuses.

==> le développement du savoir n’est pas incompatible avec la foi, mais il ne rend pas possible toutes les manières de croire. Exemple :

Grâce au savoir, on ne considère pas la Genèse comme un texte scientifique ; ce qui ne nous interdit pas de croire à l’intervention divine dans la Création

C – le principe du « fait religieux » est enseigné au collège en 5ème (programme histoire-géo)

 

EN CONCLUSION… À VENIR…

Aujourd’hui, la laïcité ne fait plus consensus : différents courants de pensées co-existent, jusqu’à un certain néo-conservatisme [sic]. Les intervenants l’affirment : « L’enjeu est de construire la culture laïque du 21ème siècle. »

… Concertons-nous ! 

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