Innovation managériale en famille… Liberté & responsabilité.

Le MOOC Innovation Managériale met en évidence le parallèle entre management / leadership en entreprise et en famille. Belles explorations… Merci !

Il est vrai que nous sommes, à quelques détails près, les mêmes personnes au bureau et à la maison… Et les mentalités évoluent globalement. Difficile de déterminer une norme familiale dans notre société en transformation, et une méthode éducative unique pour tous. L’heure est à l’adaptation, à l’innovation.

Intéressée par le thème, je me permets de reprendre ici quelques réponses, dont les miennes, au mini-défi 8 du MOOC : Management responsabilisant en famille.

Photographié par Anne Mardirossian (Flickr)

Photographié par Anne Mardirossian (Flickr)

« Management responsabilisant » en écho à la qualité de gestionnaire du chef de famille (mater ou pater familias) plus admise socialement que la notion de leader libérateur ou libératrice. Les sujets se rejoignent.

Inspirée par le MOOC, une mère a décidé d’exonérer sa fille de l’obligation d’apprendre ses poésies assise sur une chaise, face à la table. La petite a ainsi pu choisir son endroit idéal : allongée sur le tapis, puis assise sur son lit, debout face à la fenêtre… Résultat : poésie mémorisée avec plaisir et plus rapidement. Vertu du flexiwork…
La mère, en observant sa fille ainsi coincée sur sa chaise, s’est rappelée les longues heures de réunions où, « bloquée sur sa chaise », son pied s’agite et son esprit vogue vers d’autres cieux en s’impatientant… En reflet, sans attendre d’être elle aussi autorisée à vivre ses réunions autrement, elle n’impose plus cette fausse bienséance à sa fillette, tout à fait capable de choisir « comment » elle accomplit l’obligation de faire ses devoirs. Selon le baromètre 2016 Wisembly-IFOP, 42% des réunions sont improductives… Des solutions existent.
Un père raconte quant à lui un exercice d’auto-censure : rester sur le canapé tandis que sa fille peine à ouvrir une porte en râlant, et ainsi ne plus apparaître comme « celui qui sait mieux qu’elle ». Confiant, il l’encourage à distance « ce n’est pas une petite porte qui va résister à ma grande fille… » La fillette, surprise, cesse de râler et s’applique, se concentre sur la tâche à accomplir. Ça marche, la porte s’ouvre ! Deux sourires vainqueurs s’affichent sur les visages du père et sa fille.

Et si, au bureau, les équipes étaient suffisamment (in)formées pour être libres de réfléchir par elles-mêmes, sans consulter le manager à chaque difficulté ? « Celui qui fait sait », Jean-François Zobrist

Ci-dessous, deux scénarii simples de la vie quotidienne comparant trois styles de management.

A- Choix du dîner… Et si chacun.e participait ?

Méthode directive : les parents choisissent le menu en fonction des aliments disponibles, et selon les goûts connus de chaque membre de la famille.
Méthode plus participative : les parents vérifient les aliments disponibles et proposent aux membres de la famille différentes options. Chacun choisit son menu, tous cuisinent ensemble, selon capacités (âges, fatigue).
Méthode responsabilisante : Tous vérifient les aliments disponibles, et chacun émet un avis, imagine un menu à son goût, selon une base commune (ça reste simple…). Exemple : boulgour pour tous ; assorti d’un œuf curcuma pour l’un, tomate basilic pour l’autre, etc. S’il manque un ingrédient rêvé, le rêveur le note sur une ardoise « liste de courses » dans la cuisine. Puis chacun sa mission : préparation d’un aliment, préparation de la table, etc.

On note que si c’est participatif ou responsabilisant, c’est davantage personnalisé. Les envies sont mieux prises en compte, et même les besoins sont mieux couverts. En effet, on ne mange pas ou peu ce dont on n’a pas envie ; et on ne peut pas jouer à « qui dort dîne » tous les soirs. De plus, les enfants (ou conjoint non impliqué initialement par la préparation du repas) apprennent que les aliments ne sont disponibles à la maison que si l’on a pensé à les y amener.  Les râleries façon « inspecteurs des travaux finis » ou déclarations « y’a qu’à, faut qu’on » n’ont plus cours…

 

B. Choix d’une tenue vestimentaire… Chacun.e son style !

Méthode directive : les parents préparent les vêtements des enfants en fonction de la météo, de ceux disponibles dans le placard et de leurs goûts.

Méthode plus participative : les parents proposent des vêtements, les enfants choisissent. A noter qu’après deux propositions inconvenantes, les enfants s’impliquent davantage : émission de souhaits précis ou « self-service ».

Méthode responsabilisante : chacun prépare ses vêtements, avec des critères fixes (météo, vêtements propres) et personnalisés (goûts). Les jours d’école, si un enfant ne souhaite pas préparer ses vêtements la veille, il le fait le matin en respectant la règle pré-établie « même heure de départ pour tous ». Donc, s’il tarde trop, on reboucle sur la méthode directive. S’en suit une auto-régulation (auto-discipline) s’il tient à peaufiner son style personnel.



 

Dans tous ces exemples, les parents font preuve d’empathie envers leurs enfants, s’adaptent au contexte (agilité !) et apprennent finalement autant qu’eux. Gagnant-gagnant.

A priori, nous pouvons tous trouver une ou deux petite(s) manie(s) directive(s), ultra-protectrice(s) ou très égoïstes qu’il serait bon de transformer… Objectif : emplir les membres de notre famille (enfants, conjoint,…) de notre confiance… L’autonomie renforce.

Réorienter l’éducation de nos enfants, une priorité


Commençons par une séquence Indignation : les multiples réformes de l’Education Nationale des 20 dernières années n’ont pas eu d’impact massivement positif : désamour du système scolaire, inégalité des chances , mais aussi harcèlement scolaire, moindre employabilité des jeunes, etc.

Nous vivons la 4ème révolution industrielle, combinaison d’innovations scientifiques et technologiques qui drainent des transformations profondes, radicales et pérennes. Voici la liste des  compétences requises à horizon 2020, selon l’Institute For The Future of Work

Future Work Skills 2020

Institute For The Future of Work – http://www.iftf.org

L’EDUCATION, FER DE LANCE DE NOS SOCIETES, doit bel et bien faire sa révolution.

Edgar Morin plaide pour l’intégration de la complexité dans l’enseignement, avec ce manifeste « Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur« .

Les Digital Champions européen.ne.s envoient une lettre ouverte aux Ministres des Etats membres de l’Union Européenne pour que l’Education Nationale endosse une (forte) dimension numérique. Constructif, ce courrier vise notamment à « assurer que les compétences numériques soient inclues dans les programmes d’étude de la maternelle à l’enseignement supérieur et l’éducation des adultes. » Progrès en cours en France, si j’en crois Michèle Drechsler, inspectrice Education Nationale, et Nicolas Le Luherne, professeur Histoire-Géo que je suis sur Twitter, @mdrechsler et @ProfLeluherne.
Les professionnels de l’Education Nationale sont de plus en plus connectés, ça fait partie des bonnes nouvelles en la matière ! A regarder régulièrement, Ludovia, chaîne d’information sur le digital et l’éducation.

Ludovia, Culture Numérique à l'école

Ludovia, Digital et Education, Quelle culture numérique à l’école ?

Ceci n’est pas mentionné dans la lettre, mais la formation aux compétences numériques stricto sensu est utilement complétée par l’apprentissage des langues (anciennes et vivantes), qui permet de développer l’intelligence culturelle des enfants dès le plus jeune âge… L’éducation au pluralisme culturel est hautement souhaitable dans notre monde hyperconnecté !

Avec justesse, la lettre invite à « Promouvoir l’apprentissage tout au long de la vie« , nécessité induite par l’économie de la connaissance (cf. la publication des Entretiens d’Albert Kahn sur l’économie de la connaissance, une éducation tout au long de la vie).

Heureusement, les capacités du cerveau humain sont inouïes !

IL CONVIENT DE MIEUX APPRENDRE, STIMULER LA JOIE D’APPRENDRE

Balthazar et les couleurs de la vie et des rêves aussi

Balthazar et les couleurs de la vie et des rêves aussi. Marie-Hélène Place, illustré par Caroline Fontaine-Riquier. Editions Hatier Jeunesse.

Tout ne se joue plus « avant bac », mais c’est avant 18 ans que l’on apprend à apprendre…

LES ENJEUX DES ECOLES MATERNELLES, PRIMAIRES ET SECONDAIRES SONT IMMENSES :

  • former des citoyens, heureux acteurs responsables de nos sociétés ;
  • développer différentes intelligences ;
  • dispenser les savoirs de base : lire, écrire, compter, (dé)coder,… ;
  • aiguiser la faculté de jugement, l’esprit critique ;
  • susciter la confiance (en soi en les autres) ;
  • booster la créativité, l’envie d’entreprendre ;
  • apprivoiser l’altérité, la complexité

Ces aptitudes, compétences, connaissances, facultés, savoirs,… sont difficilement acquises dans les écoles françaises aujourd’hui ; l’école ne développe pas des esprits suffisamment alertes, curieux, ouverts et créatifs…

De nouvelles grandes réformes sont menées pour inscrire dans la continuité de l’année scolaire des initiatives intéressantes mais ponctuelles : projets citoyens, ateliers culturels associatifs, événements thématiques (semaine du goût, semaines contre le racisme et l’antisémitisme, printemps des poètes, semaine de la presse et des média dans l’école, etc.). Bientôt des expériences numériques immersives proposées aux enfants ? Des forums ouverts, des ateliers « robotique » et « réalité virtuelle », par exemple ?

En parallèle de l’envol numérique, on aimerait que certains savoirs basiques ne soient plus négligés. L’égalité des chances, mal appliquée, peut se transformer en nivellement par le bas. D’aucuns, partisans du « c’était mieux avant », prétendent que l’ancien certificat d’études était meilleur gage de connaissance et débrouillardise que le brevet des collèges actuel. Céline Alvarez, professeure des écoles, a osé le dire haut et fort : « 40% des enfants sortent du CM2 avec des difficultés tellement importantes qu’ils ne pourront pas suivre une scolarité normale au collège. » Elle a démontré courageusement l’efficacité de la pédagogie Montessori dans une classe de maternelle en zone d’éducation prioritaire (zep) ; son expérience de 3 ans, couronnée de succès, n’a pas été reconduite par l’Education Nationale, pour des raisons apparemment plus institutionnelles que rationnelles.

En fait, l’exception de Céline Alvarez réside surtout dans sa transparence vis-à-vis de l’institution et sa médiatisation… De plus en plus de professeurs combinent des méthodes pédagogiques alternatives et traditionnelles pour s’adapter aux nouvelles attentes des élèves, mieux œuvrer à leur réussite et à leur bien-être. A lire ici, une réflexion intéressante sur la mise en pratique de pédagogies actives (suite étude OCDE).

En attendant que l’Education Nationale ait finalisé sa mue, le nombre d’écoles alternatives s’enrichit d’année en année… Une liste ici. On parle d’écoles démocratiques favorisant la créativité, la confiance et la coopération ; des écoles où il fait bon apprendre, respectueuses du rythme biologique des enfants, de leurs mécanismes d’apprentissage ; on y applique les pédagogies Montessori, Steiner ou dérivées. Des écoles saines et libres, en somme. Payantes aussi.

Maria Montessori
Maria Montessori

 

LES PROGRES DE LA PSYCHANALYSE, ASSOCIES AU DEVELOPPEMENT DES NEUROSCIENCES, permettent une meilleure connaissance des besoins des enfants et une reconnaissance de l’enfant dans sa singularité. Le rôle des parents est affirmé ; et la coopération entre professeurs et parents, encouragée.

 

Puisque nous avons choisi de « faire, avoir » des enfants ; pourquoi ne pas mieux les servir ? Les adultes choisissent de devenir parents ; la parentalité est ainsi mieux acceptée comme une responsabilité joyeuse et un métier à vie, à combiner avec des activités rémunératrices.

Les mentalités évoluent… Les hommes s’autorisent à être des Happy Men , soucieux de l’égalité professionnelle femmes-hommes, et savourent le plaisir d’équilibrer leurs temps de vie privée & professionnelle.

De fait, il est de plus en plus facile techniquement, grâce aux outils de travail à distance (technologies numériques), de mener de front parentalité réussie et succès professionnels. En cours : transformation sociale visant à intégrer ces nouvelles pratiques dans les mœurs.

Une fois acceptée l’idée qu’ « être parent est un métier », vient l’envie de « faire L’ECOLE A LA MAISON« …

Sans aller jusqu’à ne plus inscrire leurs enfants à l’école (quoique le mouvement non-sco se développe…), les parents s’intéressent à la psychologie enfantine et s’impliquent dans les apprentissages de leurs enfants. Animés par l’envie de « faire au mieux pour eux« , les parents plébiscitent les « règles » éducatives alternatives, à ne pas confondre avec un gloubiboulga hippie new age : il n’est pas question de laxisme, mais de respect de la personnalité et du rythme de chacun, d’une éducation ferme et bienveillante. Bienvaillante aussi.

On veut mieux respecter les droits de nos petits, « élever nos enfants autrement« … L’auteure du livre éponyme affirme, et je la rejoins, « Être parent, c’est devenir chaque jour un peu plus soi-même« … Devenir pleinement soi. Or les us & coutumes évoluent aussi sûrement que rapidement en ce début de 21ème siècle ; mettre au diapason développements personnel et familial n’est pas une mince affaire ! Des questions contemporaines résident dans les cas de divorce, notamment celle-ci : les décisions de garde alternée impliquant une double résidence (une semaine papa, une semaine maman) sont-elles bien adaptées aux besoins de l’enfant ? Le risque est de  privilégier les envies parentales ou critères financiers au détriment des droits et besoins de l’enfant. Pour autant, on s’adapte, les compétences familiales se diversifient et se développent ; cf travaux de Guy Ausloos « La compétence des familles * Temps, chaos, processus » !

Ne pas hésiter à pratiquer le co-développement en cette matière aussi : apprendre sur soi et sur les autres, par soi-même et avec les autres… Faire vivre la solidarité parentale dans toutes les sphères sociales. Ne pas hésiter à adhérer aux associations de parents d’élèves afin de participer aux progrès des écoles… Ne pas hésiter à sortir de nos cercles privés, fréquenter les maisons vertes (Dolto) et autres associations de quartier pour apprendre ensemble, grandir au rythme de nos enfants… J’ai rencontré récemment un père qui, à l’occasion de la naissance de ses fils (« 2 d’un coup ! »), a créé une association d’échanges entre pères de jumeaux. 7 ans plus tard, les salons de discussion ne désemplissent pas ! Une mère de mon entourage a quant à elle créé une association visant à développer les connaissances numériques des enfants ; une association locale qui organise différents ateliers participatifs : salle comble à chaque fois, les yeux brillants des enfants-makers et de belles volontées croisées de transmettre et recevoir ! Dans le même esprit, l’association « De parents à parents » met en relation les parents qui souhaitent « vivre en harmonie, en cohérence avec eux-mêmes« . Des articles très intéressants en lecture libre sur le site web.

Concrètement, j’ai surtout envie d’écrire que NOS ENFANTS SONT DES MIRACLES ; il convient d’en prendre soin.

Belle question de cet enfant de 13 ans, soutenue par sa maman :


« What if we base education in study & in practice on being happy & healthy? »

Ce garçon est en phase avec les résultats de la plus grande enquête jamais réalisée sur le bonheur, étude et analyse de 764 personnes depuis 1938, par les équipes du Professeur Waldinger, Harvard University.
Les résultats de cette enquête nous questionnent autant qu’ils nous éclairent…

A lire aussi, cette lettre d’un père à ses enfants : « Vous allez vivre dans un futur vertigineux (…) Il faut apprendre à décoder le monde plus qu’à coder des programmes informatiques. »

A lire encore, cette poésie numérique 2016 « You weren’t born for this $#!^ (…) You were born to create on a Monday (…) Worship on a Sunday You were not born to slave every day« 

POUR DIFFERENTES RAISONS, UNE TRANSITION PEDAGOGIQUE EST DONC EXIGEE, NECESSAIRE… Et on peut l’accélérer, en assumant pleinement et joyeusement nos responsabilités, en s’appuyant sur les formidables idées et talents dont nous disposons (French EdTech inclus), que nous développons, sans oublier de redorer le blason de celles et ceux qui exercent l’un des plus beaux métiers du monde, celui de Professeur.

Peut-être est-ce l’occasion de redonner pleinement vie à l’égalité des chances et à la méritocratie ?

Voilà… Quelques pensées, quelques mots qui appellent les vôtres…

Je tiens à remercier sincèrement Isaac Getz, qui m’a encouragée à m’exprimer davantage sur ces sujets… L'(auto-)éducation est bien ma ligne principale. D’autres écrits à venir… Tous vos avis et récits sont les bienvenus. Il y a tant à partager pour assurer des vies libres et responsables, épanouies…

On a besoin de beaucoup, Beaucoup d’AMOUR… Et d’Autonomisation.

Le leadership libérateur, toute une éducation !

« Je suis leader »… Une histoire transformationnelle


Être leader, devenir manager-leader, ne plus gérer à l’ancienne, prendre le lead, développer et asseoir notre leadership… On suit Peter Drucker sur le management effectif, on pirate le management avec Gary Hamel, on réinvente les organisations avec Frederic Laloux, on libère les potentiels humains avec Isaac Getz, Laurence Vanhee, on s’inspire des pratiques artistiques, militaires, sportives (arts martiaux, basket, danse, rugby,…) Et cætera, etc.

S’agit-il simplement de dépoussiérer les organisations pyramidales en simplifiant quelques processus organisationnels (sans revoir les circuits décisionnels), redorer le blason des autorités classiques en organisant des consultations publiques, maquiller d’anciennes figures managériales en les formant à la communication assertive ?

Non. Le besoin d’amélioration est profond. Trois constats :

1 – De nouvelles formes de pouvoir, décorrélées de toute considération statutaire, émergent en tous domaines, tous lieux ;

2 – L’autorité, si elle ne combine pas légitimité et crédibilité, est plus facilement remise en cause.

3 – Dans un monde VUCA (Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity), on mise sur l’intelligence collective ; il s’agit de la développer, la stimuler, l’orchestrer.

A LIRE pour mieux comprendre la problématique contemporaine, ce cahier de prospective (analyse en profondeur) sur le leadership et les  nouvelles expressions de pouvoir à l’ère numérique, issus d’ateliers de travail entre experts, chercheurs, entrepreneurs, salariés de grandes entreprises. Sous la direction de Carine Dartiguepeyrou.

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Pour une métamorphose numérique humaniste… Panorama d’inspirations progressistes, d’innovations positives


En 2001 (mémoire de fin d’études), je posais la question du progrès humain associé à l’intégration des technologies de l’information et de la communication dans les entreprises. Aujourd’hui on parle surtout d’innovations : innovation sociale, innovation technologique, innovation sociétale.

Le remplacement du mot « progrès » par « innovation » n’est ni neutre ni optimiste. Selon cet article Innovation & Strategy, il signifierait que « nous aurions renoncé à toute amélioration de la condition humaine vers le meilleur. » Une attitude très postmoderne…

Il est vrai que les clivages géo-écono-politico-socio-climato-culturels semblent s’amplifier ; protéiformes, ils sont visibles en tous domaines. On a vu couler les larmes de nombreux humanistes, consternés par l’échec des politiques, notamment le défaut d’application de chartes et traités internationaux édictés avec conviction et foi en un monde meilleur. Désenchantement.

Mais des voix s’élèvent…

Les plaidoyers récents de Stephan Hessel, Amin Maalouf, Edgar Morin sont magnifiques : en mettant l’actualité en perspective de l’Histoire, ils nous montrent, humbles, la voie du retour aux valeurs universelles, dénominateurs communs d’une humanité en redéfinition.

Malala Yousafzai, Prix Nobel de la Paix 2014, nous émeut et nous engage dans la lutte pour l’éducation des enfants, la scolarisation des filles en particulier.

Photo : Antonio Olmos

Photo : Antonio Olmos

Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’Economie 2011, nous interpelle sur les inégalités croissantes dans nos sociétés occidentales, signes d’un modèle défaillant, et nous donne ce conseil : « Raise your voice ».

Michel Serres, enchanteur auteur des Cinq Sens nous recentre en 2012 sur nos pouces et nos connexions neuronales en nous présentant la Petite Poucette, « héroïne de la jeunesse à venir, incarnation de l’émancipation du savoir et de la politique via les nouvelles technologies ». En 2014, il nous offre Yeux, ode à la diversité des regards posés sur le monde, une invitation à percevoir les mille facettes d’une situation, étant entendu qu’on voit mieux avec notre cœur. En 2015, il nous conte l’histoire du Gaucher boiteux, toujours entre art et science.

Avec « Jugaad Innovation » et « From Smart to Wise« , Navi Radjou nous fait aimer l’innovation frugale : « faire mieux avec moins ».

Dans un autre domaine, mais on reconnaît une philosophie commune, Pierre Rabhi nous alerte sur les blessures de la Terre, mère nourricière, et prône des méthodes d’agriculture plus respectueuses de l’être humain et son environnement.

Joël de Rosnay, quant à lui, veut nous faire surfer la vie dans la société fluide. Il nous invite à « moins craindre l’intelligence artificielle que la stupidité naturelle » et nous emmène, en chœur avec Hervé Fischer, vers l’hyperhumanisme, « conscience augmentée, conscience collective, bien réelle, éthique, planétaire et active ». Gilles Babinet, auteur de « Big Data : penser l’homme et le monde autrement« , nous rappelle que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Il s’adresse aux citoyens numériques que nous sommes et nous explique, par exemple, que « les décisions administratives relatives à la gestion de nos données numériques ont un fort impact sur le design de nos vies. »

On retrouve un peu de tout ceci dans l’énergie phénoménale des mouvements citoyens « people & planet friendly » qui se développent partout dans le monde, et attestent de l’existence d’une « nouvelle conscience pour un monde en crise, civilisation de l’empathie » (Jérémy Rifkin).

« Es la hora de la gente », Podemos, en Espagne

Les idées humanistes et progressistes sont de plus en plus entendues, partagées, transposées dans différents contextes par des acteurs(-trices) citoyen(ne)s qui ressentent le besoin vital de faire bouger les lignes, innover de manière équitable, solidaire et responsable. Carine Dartiguepeyrou y voit une nouvelle philosophie, La nouvelle avantgarde, « une culture, communauté de valeurs et de quête, fruit d’une intuition collective qui rassemble des personnes de tous horizons autour d’un respect profond pour le vivant, de la conscience que nous ne connaissons qu’une part infime de l’univers. C’est, plus que tout, une vision poétique du monde et un espoir dans la capacité humaine à évoluer. »

L’innovation sociétale progresse de jour en jour, et profite de ce formidable outil qu’est Internet. Comme le titre cet article à la radicalité médusante « There is something extraordinary happening in the world« 

Dans le monde entrepreneurial, les mérites de la valorisation du capital humain sont de plus en plus perçus et vantés. L’humain est bien au cœur des Nouveaux Horizons RH, « l’humain et sa volonté de s’épanouir, de réaliser ses rêves dans un monde toujours plus global, complexe et incertain« , Alexandre Pachulski.

On comprend enfin l’intérêt de mieux gérer l’intelligence collective, si chère à Olivier Zara. Il conçoit d’ailleurs différents outils et méthodes permettant d’orchestrer les connaissances, mieux identifier et développer les talents, et asseoir une nouvelle légitimité managériale ; il invite aussi à faire confiance à l’intelligence situationnelle de chaque acteur.

Les mouvements de libération des entreprises (Brian M. Carney, Isaac Getz, Alexandre Gérard, Jean-Francois Zobrist, pour ne citer qu’eux) et du bonheur au travail (Laurence Vanhee et consorts) se développent. En marge des cyniques, égoïstes, geignards et autres pessimistes, ils dénotent un réel optimisme anthropologique : croire en l’être humain, lui faire confiance et alléger les circuits décisionnels et organisationnels des entreprises pour libérer les énergies, les savoirs, accroître le bien-être des femmes et des hommes (richesses des organisations), et ainsi garantir une performance durable. 

En France, l’entrepreneuriat social est en plein essor : écologiquement sain, il s’inscrit dans une logique profitable tant économiquement que socialement. « Les associations n’ont plus le monopole du cœur« , comme le dit si bien Emmanuel de Lutzel. L’entreprise Ticket For Change, qui forme les entrepreneurs (et intrapreneurs) sociaux puis accompagnent leurs projets dans tous secteurs, numérique intégré, est particulièrement impressionnante d’énergie et de pragmatisme : des jeunes pleins de notre avenir commun ! À consulter régulièrement, le blog de Nicolas Cordier regorge d’excellentes initiatives en la matière ; et on peut y apprécier cette citation d’Albert Camus :

Oui, il y a la beauté et les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais jamais n’être infidèle ni à l’une ni aux autres. Albert Camus

 

Histoire à continuer….

Forts de ces idées et voies d’actions, nous allons tous avancer dans nos réflexions personnelles, suivre notre voie, tracer notre chemin… Gardons les yeux ouverts sur les inventions positives, telles la prothèse intelligente Bionico-Hand ou le booster d’empathie The Machine To Be Another, présentées lors du séminaire « L’homme augmenté, l’humanité en quête de sens » à l’institut Mines-Telecom. Et espérons que les prochains événements organisés à l’UNESCO, notamment le Parlement des Entepreneurs d’avenir et COP21 nous donnent encore de belles pistes d’avenir. Gageons aussi que l’édition 2016 du Forum NetExplo, observatoire numérique de l’UNESCO, nous fasse découvrir d’autres innovations technologiques sources de progrès humain…

Peut-être en connaissez-vous déjà ? Je serai heureuse de découvrir de nouvelles idées, personnalités formidables, beaux projets, et autres inventions lumineuses en lisant vos commentaires.